Mercredi 26 août 2026, à Quimperlé, la 17e édition du festival de théâtre de rue Les Rias s’ouvre dans un joyeux tumulte. Dans les coulisses de l’Espace Benoîte-Groult, une brigade de bénévoles s’affaire sous la houlette de deux cheffes engagées. Leur mission : donner vie à une cantine générale pas comme les autres.
Une cantine générale née d’une rencontre inattendue
Stéphanie Le Nocher et Leïla Peynaud co-pilotent cette aventure depuis sept ans. Tout commence lors d’une tournée théâtrale de la compagnie Les Anges au Plafond. Le hasard fait bien les choses : depuis, leur complicité ne s’est jamais démentie.
Pour cette édition 2026, le défi est tout sauf anodin. Chaque jour, il faut nourrir une centaine de techniciens, artistes, bénévoles et chargés de production. Un public exigeant qui a besoin de reprendre des forces avant de monter sur scène ou de monter les décors.
Une brigade soudée autour du repas
« On a toujours adoré travailler avec eux », sourit Stéphanie. « C’est le propre de la cuisine : un endroit où tu viens partager », renchérit Leïla. Aux Rias, la frontière entre professionnels et amateurs s’efface. Les cuisinières transmettent leurs gestes aux bénévoles venus donner un coup de main.
Un enfant du Centre départemental de l’enfance et de la famille joue les seconds de cuisine pour la journée. « Ce qui est bien en cuisine, c’est qu’on peut aussi manger ! » s’amuse-t-il, une cuillère parisienne à la main pour façonner des boules de melon.
La gastronomie devient ici un prétexte à la rencontre, un langage universel qui rapproche les générations et les horizons.
Une organisation millimétrée pour des volumes impressionnants
Cette fluidité apparente cache un travail colossal mené en amont. Dès le mois de mai, les premières réunions posent les fondations. Puis, fin juillet, une grande session de trois heures scelle la feuille de route définitive. Les listes de courses prennent alors des allures de roman :
- 🍉 550 kg de légumes frais et de saison
- 🥚 800 œufs pour les préparations salées et sucrées
- 🌾 25 kg de farine pour le pain et les pâtisseries
- 🫒 20 litres d’huile d’olive pour assaisonner et rôtir
- 🧄 5 kg d’ail pour parfumer les plats en sauce
- 🌭 160 merguez pour les grillades du week-end
Sans oublier la gestion quotidienne d’une vingtaine de régimes spécifiques, des allergies aux intolérances. Une attention de chaque instant qui témoigne d’un véritable engagement pour une alimentation respectueuse de tous.
Des circuits courts et des producteurs de confiance
Pour tenir la cadence, le duo s’appuie sur des relations privilégiées tissées avec les producteurs locaux. Les circuits courts et deux centrales bio fournissent l’essentiel des denrées. Une conviction profonde : bien manger ensemble, c’est déjà un acte de résistance joyeuse.
Mathilde, chargée de production et intermittente du spectacle, gère en binôme la logistique globale de la restauration. Un vaste puzzle de 35 000 € qui permet de servir près de 2 950 repas sur l’ensemble du territoire du festival. Un budget conséquent, mais à la hauteur de l’enjeu : faire de chaque repas un moment de convivialité et de partage.
La cuisine comme école de vie et de transmission
Derrière les fourneaux, l’éducation passe aussi par les gestes. Éplucher, émincer, cuire, dresser : chaque étape est une leçon de précision et de patience. Les bénévoles repartent avec des astuces plein les poches et parfois des vocations plein la tête.
Cette aventure rappelle que la cuisine est avant tout un lieu de vie, un espace où se tissent des liens solides. Dans un monde où l’isolement guette, la cantine générale du festival incarne cette communauté éphémère mais intense qui se crée chaque été autour des arts de la rue.
Répéter l’expérience mille fois plutôt qu’une
À midi moins dix, sur l’enfilade des tables, les plateaux se dressent. « C’est beau, c’est bon et c’est bio », lance une bénévole au service. Une fierté partagée par tous, des cuisinières aux commis d’un jour. La tradition du banquet populaire se réinvente ici, mêlant exigence gastronomique et simplicité chaleureuse.
Les Rias prouvent que nourrir les gens, c’est aussi nourrir l’âme d’un festival. La preuve par l’exemple, assiette après assiette, depuis sept ans déjà. Et si la gastronomie était finalement l’art le plus politique qui soit ?

Journaliste de formation, il s’est spécialisé dans la cuisine de terroir après dix ans à sillonner marchés et producteurs régionaux. Il croit que bien manger commence par savoir d’où vient ce qu’on a dans l’assiette. Il cuisine le week-end et lit des livres de recettes le soir.